LA GUERRE DES ÉGOS : SIAMOIS DÉCHIRÉS, ABEL ET CAÏN RECYCLÉS
août 30, 2025
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Au début, tout le monde applaudissait le duo Sonko–Dias. Deux frères siamois de la politique : inséparables, partageant le même souffle révolutionnaire, marchant côte à côte comme deux
Au début, tout le monde applaudissait le duo Sonko–Dias. Deux frères siamois de la politique : inséparables, partageant le même souffle révolutionnaire, marchant côte à côte comme deux poumons dans un même thorax. L’un parlait, l’autre jurait ; l’un criait, l’autre cognait. Bref, on croyait à une fraternité d’airain.
Mais, en politique, la fraternité a toujours une date de péremption. Le scalpel du pouvoir a fait son œuvre. Séparés, Sonko et Dias ont découvert une vérité amère : ils ne partageaient pas un cœur, mais un miroir. Chacun se croyait l’unique reflet de la lutte. Et depuis, ils se battent comme deux siamois fraîchement désolidarisés qui veulent chacun récupérer la même chemise… en tirant chacun de son côté. Résultat : chemise déchirée, peuple torse nu.
La comparaison biblique s’impose. Abel et Caïn, vous vous souvenez ? Deux frères, deux offrandes, une seule bénédiction. Chez Sonko et Dias, l’histoire se rejoue en boucle : chacun vient déposer sa contribution sur l’autel du peuple. Sonko amène son aura nationale, Dias son trône municipal. Mais le ciel, ce farceur capricieux, ne peut sourire aux deux en même temps. Alors, comme dans le récit originel, la jalousie fait son nid.
Sauf qu’ici, point besoin de champ de blé ni de sacrifice sanglant. Le pouvoir fait office de glaive. La réalité politique, ce monstre froid et implacable leur rappelle chaque jour qu’on ne gouverne pas à deux, qu’il n’y a qu’une seule chaise au sommet, qu’il faut choisir : être l’ombre ou la lumière. Et nos siamois, reconvertis en frères ennemis, n’ont pas supporté cette règle élémentaire du réalisme politique.
La politique sénégalaise, cynique comme un vieux parrain de la mafia, a soufflé sur leurs rancunes. Les marchands d’illusions ont distribué les jetons : « Toi, tu peux être le prince de la capitale ; toi, tu seras le messie national. » Et hop, la fraternité s’est dissoute dans la tambouille du pouvoir.
Aujourd’hui, Sonko et Dias se déchirent pour savoir qui est le vrai Abel et qui sera réduit au rôle de Caïn. Mais la vérité est cruelle : ils ne sont ni l’un ni l’autre. Ils sont juste deux egos hypertrophiés, deux coqs coincés dans une cage trop étroite, se battant becs et ergots, pendant que le fermier , le pouvoir réel décide qui finira dans la marmite.
Et le peuple, lui ? Spectateur fidèle mais toujours otage, il regarde ce cirque grotesque où des siamois d’hier, devenus rivaux d’aujourd’hui, s’entredéchirent pour une couronne qui, au fond, leur échappe. Car, en politique, ce ne sont pas les frères qui tranchent, mais le réalisme du pouvoir : celui qui distribue les rôles, qui impose ses limites et qui fait éclater les illusions comme des ballons de baudruche un soir de vent.
La morale ? En politique sénégalaise, on ne tue pas son frère pour l’amour de Dieu, comme Caïn. On l’égorge symboliquement pour l’amour d’un fauteuil. Et quand les siamois s’entretuent, c’est toujours le peuple qui finit sur la table d’opération.