La crise des bourses étudiantes à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar illustre un problème récurrent, traversant tous les régimes. Entre retards de versements, tensions sur le campus
La crise des bourses étudiantes à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar illustre un problème récurrent, traversant tous les régimes. Entre retards de versements, tensions sur le campus et déclarations politiques maladroites, c’est la survie même des étudiants et l’avenir du pays qui sont en jeu. L’heure est à la lucidité, à la transparence et à des actes concrets, loin des slogans et des polémiques.
À l’UCAD, le campus s’embrase chaque année autour d’un constat simple : les bourses étudiantes arrivent toujours en retard. Ce n’est pas un incident isolé, mais le symptôme d’une crise ancienne, traversant tous les régimes, qui touche directement la survie de milliers d’étudiants.
La bourse n’est ni un luxe ni une faveur : elle est un droit fondamental et un filet social. Retarder son versement, c’est mettre en danger des vies et compromettre l’avenir académique et professionnel de la jeunesse sénégalaise.
Dans ce contexte déjà tendu, certaines déclarations politiques maladroites ont aggravé la situation. La députée Awa Dione a évoqué la privatisation des universités, une suggestion perçue par beaucoup comme une menace directe à l’accès à l’enseignement supérieur pour les jeunes issus de familles modestes. Sa collègue, Mame Diarra Beye, a comparé le système sénégalais au modèle canadien, plaidant pour des prêts-bourses remboursables et pour une limitation des allocations aux seuls étudiants « vraiment nécessiteux ».
Ces propos ont eu un effet immédiat et délétère : ils ont attisé la colère des étudiants et renforcé la perception d’un éloignement inquiétant des élus par rapport aux réalités quotidiennes des jeunes. Pour des milliers d’étudiants, la bourse n’est pas un luxe qu’on peut remettre en cause ou remplacer par des « prêts », c’est la différence entre étudier et survivre. La maladresse des députées a donc transformé un débat déjà sensible en une polémique publique qui détourne l’attention de l’urgence réelle : le versement régulier et fiable des allocations.
Il est urgent de sortir de la politisation et de l’improvisation. Transparence sur l’exécution budgétaire, critères équitables d’attribution et respect de la dignité des étudiants doivent devenir la règle. Un pacte national autour de la bourse est indispensable : gouvernement, opposition et universités doivent agir ensemble, avec responsabilité et sincérité.
Au final, ce ne sont ni les promesses ni les discours qui nourrissent les étudiants : ce sont les actes. Et si le Sénégal échoue à garantir ce droit fondamental, il compromet son propre avenir.