4 February 2026
Actualités Politique

LA LONGUE MARCHE VERS LA PRÉSIDENCE : LE PROCÈS DE L’ ÉTERNEL RECOMMENCEMENT

  • décembre 27, 2025
  • 0

Au Sénégal, certaines affaires ne meurent jamais. Elles changent simplement de peau. À peine closes, elles renaissent autrement, telles un serpent à plusieurs têtes : vous en tranchez

LA LONGUE MARCHE VERS LA PRÉSIDENCE : LE PROCÈS DE L’ ÉTERNEL RECOMMENCEMENT

Au Sénégal, certaines affaires ne meurent jamais. Elles changent simplement de peau. À peine closes, elles renaissent autrement, telles un serpent à plusieurs têtes : vous en tranchez une, deux autres surgissent aussitôt, plus bruyantes, plus médiatisées, plus passionnées. L’affaire opposant Ousmane Sonko à Mame Mbaye Niang appartient désormais à cette catégorie bien particulière des procès immortels.
Ouvrira ?
Ouvrira pas ?
La question n’est même plus juridique. Elle est devenue rituelle, presque incantatoire. À chaque retour du dossier, le pays recommence la même scène, les mêmes débats, les mêmes colères, comme prisonnier d’un éternel recommencement judiciaire.
Que d’eau a coulé sous les ponts depuis l’affaire dite « PRODAC », devenue au fil du temps un véritable mythe politique national. À peine le dossier semble-t-il refermé que le voilà qui ressurgit, sous une autre forme, avec un nouvel angle, un nouveau vocabulaire, un nouvel espoir. Le procès ne se termine jamais : il mute.
Dans ce théâtre sans fin, le rapport joue le rôle de l’oracle. Rapport annoncé, rapport attendu, rapport promis, rapport fantasmé. À force d’être invoqué, il a cessé d’être un document administratif pour devenir une légende urbaine, un objet mystique censé faire basculer le destin politique du pays. Et pourtant, chaque apparition laisse le même goût d’inachevé.
Pendant ce temps, la nation tout entière semble condamnée à pousser le même rocher, encore et encore, comme dans le mythe de Sisyphe. Le citoyen s’informe, débat, s’échauffe, croit voir la vérité au sommet… puis la pierre retombe. On recommence. Le juriste se fait politologue, le militant devient pénaliste, et l’article 92 du Code de procédure pénale est récité avec la ferveur d’un verset sacré.
Mais au cœur de ce vacarme, le droit, lui, ne se laisse pas emporter par le mythe. Il reste froid, rigide, presque ingrat. Selon un juriste de renommée, « l’élément nouveau évoqué dans un dossier définitivement clos ne produit aucun effet en raison de l’autorité de la chose jugée ». En clair : même Sisyphe, aussi courageux soit-il, ne peut empêcher la pierre de redescendre si la loi de la gravité juridique est implacable.
Dans l’affaire de diffamation opposant Mame Mbaye Niang à Ousmane Sonko, certains agitent aujourd’hui l’existence d’un prétendu élément nouveau comme on agite une tête fraîchement repoussée du serpent. Mais juridiquement parlant, cette tête n’a pas plus de pouvoir que les précédentes. Les règles procédurales sont sans appel : un dossier définitivement purgé ne ressuscite pas, peu importe l’intensité du vacarme.
C’est ici que s’opère la grande confusion : affaire de droit ou affaire politique ? Pour les uns, nous sommes face à une procédure strictement juridique, enfermée dans ses textes et ses délais. Pour les autres, il s’agit d’un combat politique majeur, une nouvelle étape dans la longue marche d’Ousmane Sonko vers une présidence qu’il a frôlée en 2024. Entre ces deux lectures, le pays oscille, incapable de sortir du cycle.
Car si, par miracle, la révision venait à aboutir, ce serait une rupture du cycle, une première historique, une pierre qui resterait enfin en haut de la montagne. Mais en attendant ce scénario exceptionnel, la réalité est plus prosaïque : le droit avance lentement, méthodiquement, pendant que la politique court, trébuche, revient en arrière, et repart à l’assaut.
Les avocats de Sonko le rappellent : demander la révision est un droit. Personne ne le conteste. Mais ce droit suit un chemin étroit, balisé par la Cour suprême, les commissions, les avis, et la décision finale du ministre de la Justice. Autant d’étapes qui rappellent que le sommet est loin et que la pente est raide.
Ainsi va ce procès, condamné à renaître sous d’autres formes, à chaque moment clé de la vie nationale. À peine clos juridiquement, il revit politiquement. À peine étouffé par le droit, il s’enflamme dans l’opinion. Le vacarme ne disparaît jamais : il se déplace.
Un feuilleton judiciaire ? Sans doute.
Mais surtout un mythe moderne, où le serpent repousse ses têtes, où Sisyphe pousse son rocher, et où le Sénégal, spectateur et acteur à la fois, rejoue sans cesse la même scène.
La suite au prochain recommencement.
S’il ouvre.
Ou s’il n’ouvre pas.

Par: Colylamine
Rédaction: Dakmedina.com

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Verified by MonsterInsights