AFFAIRE FARBA NGOM : DE 125 MILLIARDS À DEUX TÉLÉPHONES, CHRONIQUE D’UN VERTIGE JUDICIAIRE
janvier 15, 2026
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Il était une fois une affaire à 125 milliards de francs CFA. Lourde, grave, tentaculaire. Une affaire de blanchiment, de flux suspects, de réseaux transnationaux, de tolérance zéro
Il était une fois une affaire à 125 milliards de francs CFA. Lourde, grave, tentaculaire. Une affaire de blanchiment, de flux suspects, de réseaux transnationaux, de tolérance zéro et de grands mots. Une affaire si sérieuse qu’elle semblait destinée aux manuels de lutte contre la criminalité financière.
Puis, sans prévenir, l’affaire a rétréci. À force de communiqués et de rebondissements, elle s’est contractée jusqu’à tenir dans deux téléphones portables découverts dans une cellule. Deux téléphones. Voilà donc ce qu’il reste, aujourd’hui, d’une affaire à 125 milliards.
Une ordonnance de liberté provisoire est rendue. Dans un État de droit classique, cela signifie sortie. Ici, cela signifie appel du parquet, suspension et maintien en détention. La liberté devient théorique, presque académique. Farba Ngom reste en prison, parce que l’affaire est grave. Tellement grave qu’elle refuse d’être simple.
Dans le même dossier, Tahirou Sarr, présenté comme l’auteur principal, sort libre sous contrôle judiciaire. Farba Ngom, désigné comme complice, reste détenu. Aucune explication claire, seulement des communiqués. La défense crie à l’acharnement, les autorités invoquent l’indépendance de la justice, et le citoyen commence à perdre le fil.
Vient alors le rebondissement présenté comme décisif. Fouille, conférence de presse, ton grave. On parle de réseaux internationaux, de Maroc, de Mali, d’Autriche, de Bangladesh, des États-Unis. On imagine des circuits opaques et des flux invisibles. Et la montagne accouche de deux téléphones portables.
Audition au parquet. Verdict : aucune charge. Retour en cellule. Rideau.
Dès lors, une question s’impose : comment une affaire à 125 milliards peut-elle se réduire à deux téléphones, sans qu’aucun milliard ne soit retrouvé ? Où est passée l’affaire initiale ?
Aujourd’hui, l’affaire Farba Ngom est devenue une affaire dans l’affaire, sur l’affaire, sans affaire claire. Un feuilleton où l’on parle beaucoup, où l’on juge peu, et où chaque épisode brouille davantage le précédent.
Au Sénégal, pays de la téranga et de la parole donnée, on ne blanchit pas, on ne condamne pas : on observe. Et ce que l’on voit, c’est qu’à force de parler, la justice finit parfois par faire plus de bruit que de lumière. Quand une affaire annoncée à 125 milliards se réduit à deux téléphones portables, ce n’est pas le dossier qui s’amenuise, c’est la crédibilité qui vacille.