CHRONIQUE — SÉNÉGAL : UNE COUR DE RÉCRÉATION, UNE GRAND-PLACE… OU UNE RUE PUBLIQUE À LA PLACE DE LA RÉPUBLIQUE ?
juillet 25, 2025
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Au Sénégal, la République semble peu à peu céder la place à une « rue publique », où le vacarme remplace le débat, et l’indiscipline prend des allures de liberté.
Au Sénégal, la République semble peu à peu céder la place à une « rue publique », où le vacarme remplace le débat, et l’indiscipline prend des allures de liberté. Le pays donne parfois l’impression d’une immense cour de récréation ou d’une grand-place où tout se dit, tout se règle sur la place publique, sans filtre ni fond. Dans cette atmosphère d’agitation permanente, les institutions s’effacent, le sérieux se délite, et le vivre-ensemble vacille. Une chronique sur cette drôle de démocratie qui tangue entre République et rue publique.
Il y a des jours où l’on croit encore que le Sénégal est une République. Et puis il y a tous les autres… où l’on se rend compte qu’il devient plutôt une rue publique, bruyante, instable, souvent ingouvernable.
Ici, tout se règle à haute voix, dans l’arène incontrôlée des réseaux sociaux ou sur le bitume des marchés et des débats radio. Les discussions nationales se tiennent à ciel ouvert, comme dans une grand-place où se mêlent ragots, colères, invectives et règlements de comptes à peine masqués. La République semble s’être déplacée, déclassée, dissoute dans cette rue publique où chacun parle au nom du peuple… sans jamais vraiment lui rendre compte.
La rue publique, c’est cette agora chaotique où le désordre se grime en participation, où l’indiscipline est applaudie comme liberté, et où le vacarme passe pour expression démocratique. Dans ce tumulte, les institutions chancellent, les voix responsables s’étiolent, et le pays se transforme en une gigantesque cour de récréation, où les acteurs politiques eux-mêmes se comportent en élèves indisciplinés, chefs de clan ou provocateurs sans frein.
On gouverne par tweet, on proteste par live Facebook, on accuse par audio WhatsApp. Le fond est sacrifié à la forme. Le buzz a supplanté la réflexion. Et au final, la République n’est plus qu’un mot figé dans les discours, pendant que la rue publique impose ses lois, souvent dictées par l’émotion et la colère.
Dans ce théâtre de l’instantané, l’État recule, les services publics se délabrent, et le peuple, censé être souverain, devient figurant d’un scénario mal écrit. L’école s’effondre, la santé tousse, la justice patine mais qu’importe : le micro est ouvert, les clashs font recette, et chacun croit gouverner en criant plus fort que l’autre.
Ce pays a pourtant besoin de rigueur, de silence utile, de débats de fond mais pas de vacarme stérile. Il a besoin de réinventer sa République, de la restaurer, pas de l’échanger contre une foire d’empoigne où le spectacle remplace le sérieux.
Sénégal, à toi de choisir : veux-tu redevenir une République digne de ce nom, ou continuer à être cette rue publique où le désordre s’habille en liberté et le vide fait illusion ?