30 November 2025
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LE SÉNÉGAL À DEUX FOULES : QUAND LA DÉMOCRATIE DEVIENT UN CONCOURS DE DÉCIBELS

  • novembre 8, 2025
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Ce 8 novembre 2025, Dakar s’apprête à vibrer au rythme d’une démocratie qui ressemble parfois plus à un concours de décibels qu’à un dialogue raisonné. Deux rassemblements majeurs

LE SÉNÉGAL À DEUX FOULES : QUAND LA DÉMOCRATIE DEVIENT UN CONCOURS DE DÉCIBELS

Ce 8 novembre 2025, Dakar s’apprête à vibrer au rythme d’une démocratie qui ressemble parfois plus à un concours de décibels qu’à un dialogue raisonné. Deux rassemblements majeurs sont annoncés : d’un côté, le Téra Meeting à l’esplanade du stade Léopold Sédar Senghor, présenté comme « la voix du peuple debout », et de l’autre, le Niakhtou National au terrain de Sacré-Cœur 3 sur la VDN, autoproclamé « riposte citoyenne ». Deux foules, deux discours, un seul terrain miné par la division.

À quelques jours de la mobilisation, le gouverneur de Dakar, a pris un arrêté demandant aux organisateurs du Niakhtou National de changer de lieu. La raison ? Les services de l’État ont alerté sur les risques de troubles à l’ordre public et les perturbations majeures de la circulation . Le préfet Cherif Mouhamadoum Blondin Ndiaye avait confirmé ces risques dans ses rapports. Mais le collectif, campant sur ses positions, refuse de céder et maintient son meeting à Sacré-Cœur 3, dénonçant un prétendu « muselage de l’expression citoyenne ». Le bras de fer est désormais ouvert, et si aucune des parties ne recule, la confrontation devient possible.

Derrière cette tension, les objectifs sont clairs : le Téra Meeting veut rappeler que la rue appartient encore au peuple et à ceux qui réclament le changement, tandis que le Niakhtou National veut montrer la force de la contestation et la fidélité à l’État. Dans ce duel, la démocratie apparaît comme une corde raide tendue entre deux mégaphones, où le bruit semble plus important que le débat.

Le timing de ces mobilisations interroge également : alors que le pays fait face à des urgences sociales et économiques : chômage des jeunes, flambée des prix, insécurité, morosité des ménages et à des risques sanitaires (fièvre de la vallée du Rift, Mpox), ces démonstrations de force prennent des allures de distraction sonore. Les vraies urgences restent en silence pendant que les slogans s’élèvent.

Les moyens déployés pour ces rassemblements sont impressionnants : bus gratuits, t-shirts, slogans, réseaux sociaux survoltés… Les foules deviennent instruments dans un duel d’images, chacune voulant prouver sa supériorité. Mais la démocratie, elle, observe, étourdie par le vacarme. Quand la mobilisation se transforme en concours de décibels, elle perd son sens. Le dialogue cède la place à la provocation, et la confrontation devient spectacle.

Ce 8 novembre pourrait être une fête civique, un moment de participation populaire apaisée. Mais il pourrait aussi devenir une fracture de plus, si la passion supplante la raison et si ni le préfet ni les organisateurs ne reculent. Entre tension administrative et fermeté militante, le pays se retrouve au bord de la ligne rouge.

Le Sénégal mérite mieux qu’une guerre de mégaphones. Il mérite une intelligence politique, une écoute citoyenne et une lucidité d’État. Servir la République ne consiste pas à la faire applaudir, mais à l’empêcher de brûler.

Par: Colylamine

Redaction: Dakmedina.com

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