MAURICE SOUDIECK DIONE PLAIDE POUR UNE DÉMOCRATIE APAISÉE ET UNE OPPOSITION RESPONSABLE
novembre 10, 2025
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Alors que le climat politique sénégalais se tend à nouveau, entre manifestations interdites et rivalités partisanes, le politologue Maurice Soudieck Dione appelle à rompre avec la logique du
Alors que le climat politique sénégalais se tend à nouveau, entre manifestations interdites et rivalités partisanes, le politologue Maurice Soudieck Dione appelle à rompre avec la logique du bras de fer. Pour lui, la démocratie ne se nourrit pas de confrontations mais de responsabilité et de dialogue.
Face aux crispations qui rythment la vie politique nationale, le politologue Maurice Soudieck Dione invite les acteurs politiques à la mesure et à la responsabilité. Invité de l’émission Point de Vue, le professeur agrégé de science politique a commenté la polémique suscitée par l’interdiction du « Niakhtou national » projeté par l’opposition, estimant que le Sénégal aurait tout à gagner à privilégier la concertation plutôt que la confrontation.
Selon lui, la coïncidence entre la mobilisation du PASTEF, parti au pouvoir, et celle de l’opposition relevait d’une « provocation inutile ».
« Le mois de novembre compte trente jours, l’opposition pouvait choisir un autre jour », a-t-il déclaré, jugeant qu’une telle simultanéité aurait pu provoquer « des tensions sécuritaires et des dérives incontrôlables ».
Le chercheur appelle ainsi à la désescalade des postures et à un retour à la raison politique.
« La démocratie ne se construit pas dans le face-à-face permanent mais dans la responsabilité partagée », martèle-t-il, rappelant que le modèle sénégalais s’est toujours distingué par sa capacité au dialogue et à la médiation.
Un état de grâce sous surveillance
Observateur attentif de la scène politique, le Pr Dione estime que le régime issu du PASTEF bénéficie encore d’un état de grâce.
« Les citoyens sénégalais font preuve de maturité politique. Ils savent qu’un gouvernement a besoin de temps avant d’être jugé sur ses résultats », explique-t-il, évoquant un parallèle avec les débuts du régime d’Abdoulaye Wade en 2000
Toutefois, il met en garde contre un décalage croissant entre le rythme des politiques publiques et les attentes sociales.
« Cette impatience peut devenir une source de tension si les effets des réformes tardent à se faire sentir », prévient-il, estimant que la confiance politique repose sur la capacité du pouvoir à produire des résultats tangibles.
Des défis économiques lourds à relever
Sur le plan économique, Maurice Soudieck Dione dresse un constat lucide :
« Le gouvernement hérite d’une conjoncture difficile, marquée par une dette publique de 132 % du PIB, la cherté de la vie et un chômage persistant. »
Il souligne que les réformes structurelles engagées par les nouvelles autorités nécessiteront du temps pour produire des effets.
« L’impopularité est inévitable, mais elle n’a pas encore atteint un seuil critique. Le pays a surtout besoin de sérénité pour avancer », conclut-il.
Analyse : Une leçon de démocratie
Entre appel à l’apaisement et avertissement discret, le message de Maurice Soudieck Dione sonne comme une mise en garde adressée à toute la classe politique sénégalaise. Dans un pays où le dialogue a longtemps servi de boussole, le politologue rappelle que la légitimité ne suffit pas : elle doit s’accompagner d’un sens du compromis. À l’heure où la tentation du rapport de force guette à nouveau les acteurs du jeu démocratique, sa voix s’élève comme celle d’un gardien vigilant d’une tradition politique qui a toujours fait du Sénégal une exception dans la région.