29 November 2025
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Le Sénégal entre radicalité évanescente et stabilité désirée.

  • novembre 26, 2025
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Le Sénégal vit une séquence charnière de son histoire. Les certitudes politiques d’hier se fissurent, les coalitions se décomposent, de nouvelles alliances émergent et les ambitions s’affichent désormais

Le Sénégal entre radicalité évanescente et stabilité désirée.

Le Sénégal vit une séquence charnière de son histoire. Les certitudes politiques d’hier se fissurent, les coalitions se décomposent, de nouvelles alliances émergent et les ambitions s’affichent désormais sans fard. Ce pays habitué à l’équilibre institutionnel est en train d’entrer dans une zone de turbulences où se déploient deux forces antagonistes, l’une née dans la contestation et persuadée d’incarner la voie du salut ; l’autre, comme une grossesse non désirée, s’appuie sur la toute puissance de l’État pour imposer son imperium.

D’un côté, Ousmane Sonko qui a congédié tous les alliés de Pastef à la veille des élections législatives, recentre sa stratégie sur le noyau dur de son parti, seule source de légitimité du pouvoir dans son entendement. Loin d’un affaissement, ce repli constitue un moyen stratégique de faire pression sur le Président de la République qui ne veut pas lâcher le fauteuil.

Autour d’un mirifique projet, continuent de se cristalliser les espoirs d’une jeunesse sans repères. Ce socle, très mobilisé et idéologiquement structuré, continuera encore de jouer un rôle central, malheureusement dans la rue des grandes villes et auprès d’une jeunesse urbaine en quête de rupture. Pastef, malgré sa contraction, conserve encore un potentiel de mobilisation rapide et une puissance d’influence et d’endoctrinement, capables d’imposer un rapport de force politique. Mais qu’en sera-t-il une fois que les sources de financement se seront taries du fait de la perte du pouvoir d’influence des cercles du pouvoir réel : l’État et ses ramifications ?

En face, le Président adopte la logique inverse. Il assume son statut de clé de voûte des institutions, s’ouvre aux vents fécondants d’une gouvernance de concordance, élargit et agrège au sein de la Coalition Diomaye Président sous la supervision de Mimi Touré. Il tend la main aux partis modérés, aux républicains, aux forces soucieuses de stabilité et de responsabilité. Cette démarche n’est pas seulement opportuniste ; elle est aussi stratégique.

À l’heure où la situation économique exige de la cohérence, l’exécutif présidentiel tente de bâtir un Front républicain, large, transversal, capable d’offrir un récit de stabilité là où d’autres proposent la confrontation.

Car dans un pays où la gouvernance économique et l’orthodoxie institutionnelle sont devenues vitales, cette stratégie trouve un écho croissant dans une société qui privilégie la paix et la concorde aux conflits. En somme, l’alliance des intelligences.

Alors, s’imposent déjà deux dynamiques antagonistes:

Un bloc radical et contestataire, puissant dans la mobilisation sociale mais limité dans sa capacité à fédérer les préoccupations essentielles d’un peuple plus que déçu d’un mirage maquillé avec un complot ourdi dans les alcôves d’un salon de massage.

Un bloc institutionnel et modéré, davantage tourné vers la paix civile, la stabilité institutionnelle, les contraintes économiques, budgétaires et sociales ainsi que la sacralité de l’ordre constitutionnel.

Entre ces deux blocs, l’opposition classique reste encore prudente, observant avec beaucoup d’intérêt la confrontation au sommet de l’État. Néanmoins, elle dispose d’une carte maîtresse majeure : jouer le rôle d’arbitre et se constituer concomitamment en une alternative crédible de substitution. Ses choix préfigurent de ce que sera la recomposition future de l’échiquier politique : une alternative de repentance ou une polarisation autour d’un bloc républicain. La position du Sénégal pour l’élection du futur Secrétaire général de l’ONU, est un élément d’analyse dont il faut tenir compte à l’heure du choix.

Dans tous les cas de figure, l’évidence frappe aux yeux. ; le Sénégal ne peut pas se permettre une crise institutionnelle. Le pays ne peut pas non plus s’enfermer dans un cycle de scènes de ménage où la rue dicte le tempo politique pendant que l’État vacille. Le choix entre confrontation et stabilité n’est plus théorique : il conditionne désormais le fonctionnement même de nos institutions et le positionnement de chaque citoyen pour la sauvegarde des intérêts supérieurs de la Nation.

Après vingt mois de gestion du pouvoir, Pastef n’a rien à offrir aux sénégalais en dehors de l’irrévérence de ses militants, l’incompétence de son élite et l’obsession maladive de son Président à occuper le fauteuil présidentiel.

Et pendant que le citoyen attend toujours des solutions aux multiples agressions de la conjoncture, Sonko et ses ouailles n’ont que le respect du deal qui serait scellé au Cap Manuel comme point de mire, ou à tout le moins, les prochaines élections qui seront, plus qu’un rendez-vous électoral, une clarification de légitimité.

Ces élections seront un test de maturité démocratique, un arbitrage national entre deux visions : l’une tournée vers l’affrontement et la contestation permanente ; l’autre vers la stabilité institutionnelle et l’élargissement des bases politiques du régime.

Mais en attendant la délivrance, une recomposition politique se met en place. Elle ne fera aucun cadeau aux canards boiteux. Il appartient désormais aux acteurs de savoir s’ils veulent écrire l’histoire ou la subir. Le Sénégal, lui, attend de ses dirigeants une chose toute simple : qu’ils ne sacrifient pas la République sur l’autel de leurs ambitions.

Babacar Gaye
Analyste politique

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