De Mamadou Dia à Ousmane SONKO : même mécanismes d’une fabrication de l’impopularité politique
novembre 27, 2025
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Dia fut délibérément discrédité par Senghor. Le président du Conseil avait en effet ouvert de multiples fronts : contre les syndicalistes, la haute société notamment les habitants des
Dia fut délibérément discrédité par Senghor. Le président du Conseil avait en effet ouvert de multiples fronts : contre les syndicalistes, la haute société notamment les habitants des Quatre Communes, souvent fonctionnaires , les politiciens, les traitants, les marabouts, et même la France. Lors des grèves de 1957 et de 1959, Dia assuma pleinement la responsabilité de la répression exercée contre les grévistes : licenciements, retenues sur salaire, affectations arbitraires, emprisonnement…
Le BDS (Bloc Démocratique Sénégalais) fut créé par Dia et Senghor afin de transférer le pouvoir aux populations indigènes, et Dia se trouvait à l’avant-garde de cette politique destinée à renverser les rapports de force. Kaolack, véritable grenier électoral du Sénégal, devint alors le centre de toutes les attentions, reléguant au second plan les prestigieuses villes de Dakar et de Saint-Louis. Des hommes politiques de stature nationale, issus du monde de l’indigénat, émergèrent progressivement. Parmi eux, l’on peut citer Ibrahima Saydou Ndao, originaire de Kaolack et nommé président de l’Assemblée territoriale du Sénégal ; Ibrahima Sarr, de Thiès, figure emblématique du syndicalisme ; Valdiodio Ndiaye, également de Kaolack ; ou encore Maguette Lo, de Linguère.
C’est pour cette raison que la SFIO de Lamine Guèye, le parti des traitants et les Quatre Communes considérèrent Mamadou Dia comme un adversaire à éliminer. Les partis de gauche, tels que le PAI dont la plupart des dirigeants, notamment Majmouth Diop et Madické Wade, étaient originaires de Saint-Louis ne lui pardonnèrent jamais d’avoir transféré la capitale de Saint-Louis à Dakar.
L’aile gauche de l’UPS quitta d’ailleurs le parti de Senghor à la suite du référendum de 1958 pour fonder le PRA-Sénégal. Parmi ses figures les plus marquantes figuraient Abdoulaye Ly, Amadou-Mokhtar Mbow, Latyr Camara et Assane Seck. Tous accusèrent Dia d’avoir renié ses principes afin de conserver le pouvoir en demeurant aux côtés de Senghor.
Par la suite, une répression sévère fut exercée contre les opposants. Le cas d’Assane Seck en constitue une illustration emblématique : enchaîné de Dakar à Ziguinchor, transporté sur le bateau sous les regards de tous dans une volonté manifeste de l’humilier, il fut ensuite jeté en prison. Dia endossa toutes les responsabilités de cette répression.
Socialiste autogestionnaire, Dia œuvra à supprimer tout intermédiaire entre l’agriculture et l’État. Ainsi, Ben Mady Cissé, principal architecte des coopératives, expliqua qu’il avait fallu écarter les marabouts, les traitants notamment et les politiciens locaux du circuit de commercialisation de l’arachide. De nouveaux adversaires se dressèrent alors contre Dia. Il prit également une série de mesures qui accrurent les tensions avec la classe politique : blocage des salaires des députés, exigence du remboursement des dettes contractées auprès du SMDR par les pontes de l’UPS, interdiction faite aux responsables politiques de recourir à des prête-noms pour la création de sociétés, ponctions opérées sur les salaires des fonctionnaires pour financer sa politique agricole.
Senghor lui confia aussi la gestion diplomatique des relations avec les pays de l’Est, l’URSS et les États-Unis. Ce choix n’était pas anodin : Senghor entendait exposer Dia à de graves difficultés avec la France, puissance qui, à l’époque, faisait et défaisait les dirigeants en Afrique. Nul n’ignore le rôle déterminant joué par la France dans la chute de Dia en décembre 1962.
Ces décisions suscitèrent une vive hostilité : les députés déposèrent alors une motion de censure afin de l’écarter du pouvoir. Dia fut emprisonné, et aucune manifestation d’envergure ne fut organisée dans le pays, tant il s’était attiré l’inimitié de larges pans de la société.
Revenons au contexte actuel. Sonko se trouve aujourd’hui exposé par la stratégie de Diomaye, qui l’a laissé conduire seul les négociations avec les organisations syndicales dans le cadre du pacte social. D’ici deux ans, la gestion du front social reposera entièrement sur Sonko, et les syndicats dirigeront vers lui l’essentiel de leurs critiques.
Par ailleurs, Diomaye demeure en retrait, laissant Sonko affronter presque seul les médias traditionnels. Il ne faut pas oublier que, durant la campagne présidentielle, Diomaye avait affirmé qu’aucune amnistie fiscale n’aurait lieu s’il était élu, et qu’il avait refusé de recevoir le syndicat des patrons de presse. Ainsi, il laisse à Sonko la gestion des dossiers les plus sensibles.
Sur le plan diplomatique, Diomaye a confié à Sonko les relations avec les pays du Maghreb et de l’Asie. Ce choix donne l’impression, aux yeux des puissances occidentales comme de plusieurs États africains influents, que Sonko les aurait délibérément exclus de la politique étrangère du Sénégal. L’on sait pourtant le poids de ces pays dans les orientations politiques nationales. Une partie de l’opposition affirmait déjà que Sonko ne souhaitait pas se rendre en France, ce qui expliquerait l’organisation de son meeting en Italie. Parallèlement, certains panafricanistes ont commencé à le critiquer, estimant qu’il ne témoignait pas suffisamment de considération envers les pays africains, en particulier ceux de l’AES.
Tous les insulteurs ayant été emprisonnés gardent aujourd’hui rancune à Sonko, convaincus que c’est lui qui a provoqué leur incarcération. De même, ceux qui ont été mis en cause dans les rapports de la CENTIF, de l’IGE ou de la Cour des comptes nourrissent une profonde hostilité à son égard, persuadés que leurs démêlés judiciaires découlent de son influence. Quant aux marchands ambulants déguerpis, ils l’accusent également d’avoir été à l’origine de leur éviction.
Sur le plan religieux, Diomaye s’efforce de projeter l’image d’un homme profondément respectueux, attaché aux valeurs de paix et de concorde, notamment auprès des autorités religieuses. Cette attitude renforce, dans ces milieux, l’idée que le véritable problème résiderait du côté de Sonko. Pourtant, il suffit de se rappeler ses déclarations adressées à Mouhamadou Mouhamed Ndiaye de la TFM, aux magistrats, à Maître Elhadji Diouf ou encore celles concernant l’eviction de Sanogo, l’ancien président du Mali, pour mesurer l’écart entre cette image policée et certaines de ses prises de position antérieures.
Ainsi, le plan semblait soigneusement élaboré pour rendre Sonko impopulaire, tandis que Diomaye avançait masqué. Cependant, l’effet de l’après-meeting du 8 novembre a entièrement compromis cette stratégie. Quel plan pour rendre impopulaire sonko auprès des jeunes ? Il faut lire le point 5 sur le communiqué de Mimi. Mais c’est peine perdue.