Du “violeur” au bienfaiteur : quand le zikr lave plus blanc que la Javel politique
février 14, 2026
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Sous le ciel mystique de Guédiawaye, au Stade Amadou Barry, des milliers de fidèles scandent « Lâ ilâha illa Allah » comme on récite un acte d’amnistie collective.
Sous le ciel mystique de Guédiawaye, au Stade Amadou Barry, des milliers de fidèles scandent « Lâ ilâha illa Allah » comme on récite un acte d’amnistie collective. La Hadara nationale devient tribunal céleste, et la politique, une simple annexe du zikr.
Après la pluie, dit-on, vient le beau temps. Chez nous, après l’insulte vient la bénédiction.
Car voilà Serigne Moustapha Sy Al Amine qui, hier encore, traitait Ousmane Sonko de “vulgaire violeur”, et aujourd’hui lui déroule le tapis de gratitude. Même bouche, autre verset. Même micro, autre vérité. Le marabout remercie désormais le Premier ministre pour avoir “appuyé l’organisation”, par l’entremise de Serigne Cheikh Thioro Mbacké, avec en prime la présence du ministre de l’Urbanisme.
Traduction profane : l’État est passé par là, donc les cœurs se sont subitement ouverts.
Ainsi va la réconciliation version sénégalaise : rapide, sans procès-verbal, sans mea culpa. Une poignée de mains invisible entre le sabre spirituel et la caisse publique. Le péché d’hier devient la bénédiction d’aujourd’hui, pourvu que le soutien logistique soit au rendez-vous.
On appelle ça la paix des braves. Ou la trêve des intérêts.
Mais le spectacle ne s’arrête pas là. Le marabout, soudain propulsé ministre officieux des Affaires étrangères, active la diplomatie religieuse. Il plaide pour les supporters sénégalais détenus au Maroc, invoque la fraternité confrérique, et s’adresse aux petits-fils de Cheikh Ahmed Tidiane Chérif, venus du royaume chérifien pour la 16e Hadara, organisée sur recommandation de Serigne Abdou Aziz Sy Al Amine.
Message subliminal : puisque vous êtes proches du trône, parlez donc au Mohammed VI.
Et voilà comment, au pays de la Teranga mystique, les dossiers diplomatiques transitent désormais par les chapelets. Les otages de la Coupe d’Afrique des nations attendent leur libération non pas d’une chancellerie, mais d’un cercle de zikr.
Pendant ce temps, personne ne demande au marabout de s’expliquer sur son virage à 180 degrés. Personne ne lui rappelle ses mots d’hier. La mémoire nationale est courte, surtout quand les projecteurs sont allumés et que les enveloppes circulent.
Hier, Sonko était un monstre. Aujourd’hui, il est un bienfaiteur. Bienvenue dans la République des conversions express, où l’indignation se négocie, où la morale a un tarif préférentiel, et où la foi sert parfois de paravent à l’opportunisme le plus cru.
Ici, on ne lave pas l’honneur dans l’eau. On le blanchit dans les remerciements publics.
Et pendant que le peuple compte ses martyrs, certains comptent déjà leurs alliances. Amen… et circulez.