14 February 2026
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Rimbakh Sylla : La Symphonie de la Concorde Il est des lieux que l’on ne rejoint pas par hasard, mais par une quête d’absolu.

  • février 14, 2026
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Pour atteindre Rimbakh Sylla, terre de mes ancêtres et berceau de mon grand-père Moussa Sylla, le chemin est une initiation. Il faut d’abord saluer la mémoire du Vénéré

Rimbakh Sylla : La Symphonie de la Concorde Il est des lieux que l’on ne rejoint pas par hasard, mais par une quête d’absolu.

Pour atteindre Rimbakh Sylla, terre de mes ancêtres et berceau de mon grand-père Moussa Sylla, le chemin est une initiation. Il faut d’abord saluer la mémoire du Vénéré Elhadji Rawane Ngom à Mpal, érudit hors du commun, sentinelle spirituelle aux portes du Cayor et du Ndiambour. Ensuite, il faut affronter la piste. Quinze kilomètres de sable et de poussière, une épreuve pour le corps mais une préparation pour l’âme, avant d’apercevoir enfin la cité sainte.

Jadis, Rimbakh Sylla résonnait non pas du bruit du monde, mais du murmure studieux d’une trentaine de daaras. C’est un sanctuaire de silence et de prière, où l’on n’aurait jamais imaginé qu’un tam-tam puisse un jour franchir le seuil, encore moins y être célébré.

Pourtant, le destin a de ces ironies magnifiques qui tissent les plus belles histoires de notre nation.

En 1993, Thio Mbaye, virtuose de la percussion et fils du grand Massaïère Mbaye, sortait son album phare : « Rimbax ». À cet instant, l’artiste ignorait tout de l’existence de notre village religieux. Il ne savait pas que son art, le sabar, symbole de fête profane, portait le même nom qu’une citadelle de l’Islam austère. Ce qui aurait pu être perçu comme une provocation, une maladresse ou un sacrilège, est devenu, par la grâce de Dieu et l’intelligence des hommes, le point de départ d’une fraternité inouïe.

Les habitants de Rimbakh, dans leur sagesse, n’ont vu dans cet homonyme ni insulte ni défiance. Lorsqu’ils ont découvert l’œuvre de Thio, ils ont répondu par la plus haute des vertus : le dépassement.

Ce 14 novembre dernier, j’ai été le témoin privilégié de ce miracle sénégalais. Lors d’une rencontre fortuite avec Thio Mbaye, j’ai établi le lien avec un responsable du Dahira de Rimbakh. Au bout du fil, pas de reproche, mais une invitation. Le percussionniste est convié au Gàmmu annuel de ce 14 février 2026. L’artiste qui ignorait le village et le village qui ignorait l’album vont enfin se rencontrer, scellant la réconciliation entre le rythme du cœur et celui de l’esprit.

Mais la beauté de cet événement ne s’arrête pas là. Elle culmine dans ce symbole puissant qui fait la singularité de notre peuple.

Ce Gàmmu célèbre la mémoire de Serigne Babacar Sy (RTA). Il est organisé par un Dahira Tidiane et l’association And Defar Rimbakh. Et pourtant, c’est à moi, Talla Sylla, humble talibé de Cheikhoul Khadim, qu’ils ont choisi de confier un rôle primordial dans l’organisation.

Quelle leçon magistrale ! Dans un monde déchiré par les replis identitaires, le Sénégal continue d’écrire sa propre partition. Ici, un Mouride sert un Gàmmu Tidiane, un village de Coran accueille un maître du Tambour, et un malentendu se transforme en communion.

C’est cela, notre trésor. Ce « vivre-ensemble » n’est pas un vain mot, c’est notre respiration commune. C’est cette capacité à transcender les confréries, les origines et les malentendus pour ne former qu’un seul peuple, uni dans la foi et le respect mutuel.

Ce 14 février à Rimbakh Sylla, nous ne célébrerons pas seulement un Gàmmu. Nous célébrerons l’exception sénégalaise.

Talla SYLLA

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