QUAND LA JUSTICE BRANDIT LA COUPE : CHRONIQUE D’UNE FINALE REJOUÉE AU TRIBUNAL
février 20, 2026
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À défaut de soulever la coupe, certains auront levé le marteau. Ce jeudi, au Tribunal de grande instance de Rabat, la pelouse était en marbre, les tribunes en
À défaut de soulever la coupe, certains auront levé le marteau.
Ce jeudi, au Tribunal de grande instance de Rabat, la pelouse était en marbre, les tribunes en bois verni et l’arbitre portait robe noire. Dix-huit supporters sénégalais, poursuivis pour voies de fait, ont écopé de peines allant de trois mois à un an ferme. Le juge a suivi les réquisitions du procureur des LIONS de l’Atlas, la partie civile a plaidé pour la rigueur, et le verdict est tombé comme un coup de sifflet final.
Mais dans l’imaginaire incandescent des gradins, l’audience avait des allures de prolongations. Depuis la finale de la Coupe d’Afrique des nations 2025, perdue face au Sénégal, certains attendaient peut-être une revanche symbolique. La voilà qui surgit, non pas au tableau d’affichage, mais sur un registre pénal.
Ironie grinçante : faute de trophée, on expose des condamnations. Dix-huit peines comme des médailles d’ombre, suspendues au cou d’une frustration nationale devenue feuilleton judiciaire. Les supporters sénégalais, propulsés boucs émissaires, prennent des airs d’agneaux sacrificiels sur l’autel d’un orgueil froissé. La justice applique la loi, dira-t-on. Certes. Mais sa sévérité résonne, pour beaucoup, comme un hymne de victoire différé.
Dans les artères de Casablanca, Rabat, Fès, Tanger, Marrakech, Salé, Agadir et Meknès, le soulagement affleure sur les visages comme un but planté à la dernière seconde des prolongations : inespéré, incandescent, arraché aux griffes du doute. À défaut d’avoir brandi la coupe, certains auront vu tomber un verdict et l’auront célébré comme une victoire de rattrapage.
Le football, ce théâtre incandescent des passions, s’est offert un second acte sous les lustres d’un tribunal.
Et pendant ce temps, Dakar semble compter les passes manquées. La diplomatie sénégalaise cherche ses crampons, hésite entre communiqué feutré et protestation musclée. Dix-huit citoyens condamnés à l’étranger, et une nation qui oscille entre prudence stratégique et devoir de protection. La grandeur d’un État ne se mesure pas qu’aux étoiles cousues sur un maillot, mais à l’ardeur avec laquelle il défend les siens même imparfaits, même fautifs.
Car au-delà de la satire et des métaphores guerrières, une question s’impose : quand le ballon cesse de rouler, la justice doit-elle devenir l’ultime terrain des frustrations collectives ?
Dans cette finale rejouée loin des stades, chacun proclame sa victoire. Mais au coup de sifflet ultime, ce sont peut-être le fair-play, les relations séculaires tant célébrées et cette fameuse diplomatie religieuse, souvent brandie comme rempart fraternel, qui semblent avoir perdu aux tirs au but